Horizons transcendés


L’oreiller qui me berce
A des parfums d’agrumes
Lorsque dans sa caresse
Je sens la blanche écume

Des fleurs de l’oranger
En mousse rassemblées
Par les fins doigts habiles
De jeunes mains kabyles.

Au loin, la baie corail
Retient une frégate
Enlevée au sérail
D’un soleil écarlate.

Silhouette charbon
Sur un palmier frisson
Aux souples bras d’archange,
Nimbé d’un ciel orange,

Le bel oiseau, lassé,
Ou tout simplement calme,
Observant le coucher,
Balance avec la palme.

Serait-il rassasié ?
De ce décor blasé ?
Le bec sur le poitrail,
Il néglige un détail :

Montant d’un froid courant,
La dorure écaillée
D’un reflet palpitant.
Daurades égarées ?

Banc de jeunes colins
Que les filets humains
N’ont pas su capturer ?
Bombance reportée…

Mais nul n’en est amer,
Le mystère est entier
De quoi tremblait la mer
Sous le ciel incendié.

Firmamentes zébrures,
Vermeilles déchirures,
Les nuages, en lambeaux
Dessinent un soir nouveau.

Dans ces nuées ardentes,
Echappant à la nasse
D’un quotidien rapace,
Un passage j’invente.

Enfin je peux fixer,
Du soleil qui s’apaise,
D’or vif à rouge braise,
Le disque, sans ciller.

Aura domestiquée,
Eclat qu’un peu plus tard
Me renverra le phare
D’un élan syncopé.

Voici l’astre scindé.
Plus l’eau est aurifère
Plus beau le rayon vert,
Je vais me régaler.

Horizons pélagiens
Camaïeux empourprés,
Autrefois transcendés
Par Claude Le Lorrain,

Vous trépassez au loin
Comme brûlante étoile
Dans le liquide voile.
Un trait avale un point.

© Phil Deken       Retour vers Textes-Poèmes


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